jeudi 27 octobre 2016

HĂ´tel Angleterre.
Marie Bennett.
Editions Denoël.
601 pages.

Résumé:

Suède, hiver 1940. Georg est appelĂ© sous les drapeaux. ExposĂ©e Ă  des tempĂ©ratures extrĂŞmes, mal Ă©quipĂ©e, sous-alimentĂ©e, son unitĂ© se trouve Ă  la merci d’officiers incompĂ©tents qui exposent les soldats Ă  des risques inutiles et n’hĂ©sitent pas Ă  leur infliger châtiments et humiliations. Lorsque cinq recrues meurent, c’est la mutinerie, et Georg est envoyĂ© en camp de travail. De son cĂ´tĂ©, Kerstin, la femme de Georg, survit comme elle peut Ă  Malmö. Les annĂ©es passent, et avec elles l’espoir de revoir un jour son Ă©poux. Mais une rencontre bouleverse sa vie, celle de Viola, femme riche, belle et cultivĂ©e dont Kerstin tombe Ă©perdument amoureuse. C’est le dĂ©but d’une liaison d’autant plus passionnĂ©e qu’elle est interdite. Pourtant, aveuglĂ©e par la jalousie, Kerstin dĂ©truit ce bonheur fugace. Le soir de NoĂ«l 1943, les deux Ă©poux se retrouvent enfin. Pourront-ils reprendre le cours de leur existence après avoir traversĂ© autant d’Ă©preuves ?

Mon avis:

Vous connaissez sans doute mon goût pour les romans historiques se déroulant pendant la seconde guerre mondiale, encore plus quand ceux-ci parlent d'amour. Hôtel Angleterre ne pouvait évidemment que me plaire et je remercie donc les Editions Denoël pour cet envoi.

Ce roman est un peu diffĂ©rent de ceux que j'ai l'habitude de lire rĂ©gulièrement. Il ne traite pas du sort des juifs mais de celui des soldats envoyĂ©s dans les camps militaires en Suède, afin de lutter contre la menace imminente d'une invasion russe. Tel est le cas de Georg, obligĂ© de quitter sa femme Kerstin qu'il vient Ă  peine d'Ă©pouser et avec laquelle il vient tout juste d’emmĂ©nager. Le roman est divisĂ© en trois parties. Dans la première on va donc suivre Georg au camp, pendant les longues annĂ©es durant lesquelles il va ĂŞtre sĂ©parĂ© de Kerstin. Les conditions de vie y sont très difficiles, il doit subir Ă  la fois des tempĂ©ratures extrĂŞmes  allant jusqu'Ă  -40°C, le manque d'Ă©quipements et de nourriture, la duretĂ© des entraĂ®nements, mais surtout la prĂ©sence d' un chef  tyrannique et impitoyable qui amène Ă  la mort plusieurs de ses camarades. Je me suis tout de suite attachĂ©e Ă  Georg qui venant d'un milieu urbain n’est pas habituĂ© Ă  de tels traitements. HonnĂŞte, droit, fidèle Ă  ses amis et Ă  ses principes, j'ai ressenti beaucoup d'affection et d'estime pour lui. Sa situation nous fait prendre conscience de l’ampleur et de la fĂ©rocitĂ© de cette guerre en dehors des camps de concentration et d'extermination allemands. On cĂ´toie le sort des soldats appelĂ©s de tout part pour renforcer les armĂ©es alliĂ©es, des soldats qui ont Ă©tĂ© comme Georg sĂ©parĂ©s de leur famille, qui vont subir des traumatismes mentales et physiques dont ils ne se remettront jamais vraiment, des hommes Ă  qui on a pas laissĂ© le choix, qui se sont battus pour la victoire, pour la paix , pour conserver leur territoire, pour dĂ©fendre aussi celui des autres. Des faits marquants que l'on ne retrouve pas souvent  je trouve dans les romans historiques traitant de cette pĂ©riode de l'Histoire.

La seconde partie est consacrĂ©e Ă  Kerstin. Ainsi, cela nous permet de voir comment elle supporte les choses de son cotĂ©, comment elle apprend Ă  vivre loin de son mari. ObligĂ©e de rĂ©emmĂ©nager chez ses parents, elle se sent vite dĂ©primĂ©e, seule, et privĂ©e de libertĂ©. Les annĂ©es passent et malgrĂ© les quelques rares correspondances qu'ils Ă©changent, le souvenir de Georg s'estompe. J'ai pour ma part dĂ©testĂ© cette femme. Je ne me suis pas du tout attachĂ©e Ă  elle, et je n'ai pas Ă©tĂ© touchĂ©e par son sort, alors mĂŞme que son quotidien n'est pas non plus très enviable, qu'elle aussi a perdu beaucoup pendant ces annĂ©es de guerre. Je l'ai trouvĂ© très Ă©goĂŻste, capricieuse, assez superficielle, inintĂ©ressante et parfois mĂŞme idiote. Elle se prĂ©occupe très peu de ce qui se passe dans le monde, et est ainsi assez naĂŻve. J'ai trouvĂ© qu'elle avait bien vite oubliĂ© son Ă©poux, dont elle se dĂ©sintĂ©resse rapidement, alors qu'elle a toujours Ă©tĂ© prĂ©sente dans le coeur de Georg. Son infidĂ©litĂ©  vis Ă  vis de lui m'a dĂ©plu, sa jalousie, sa possessivitĂ© et sa paranoĂŻa m'ont fait pitiĂ©. Enfin, sa froideur, son manque de comprĂ©hension et de franchise envers Georg lorsque enfin il rentre m'ont rĂ©voltĂ©. J'ai rarement autant dĂ©testĂ© un personnage, mais ici ce fut malheureusement le cas. MalgrĂ© le fait qu'elle avait des circonstance attĂ©nuantes, le contexte de guerre difficile Ă©galement pour les femmes qui ne savaient pas quand les hommes allaient rentrer, si ils rentreraient, je n'ai pas rĂ©ussi Ă  la comprendre, Ă  adhĂ©rer Ă  son comportement immature et Ă©goĂŻste.

C'est ainsi que nous arrivons Ă  la troisième et dernière partie du livre qui marque le retour de Georg auprès de Kerstin. Des retrouvailles rendues difficiles par l'Ă©loignement qui a transformĂ© le couple en parfaits Ă©trangers. J'ai Ă©normĂ©ment aimĂ© cette dernière partie, car on se rend compte Ă  quelle point la guerre peut changer un ĂŞtre humain. Kerstin ne reconnait plus le Georg qu'elle a aimĂ©, car ce dernier rentre traumatisĂ©, maussade, le regard Ă©teint, quelque peu mutilĂ© physiquement par les nombreuses annĂ©es passĂ©es dans le froid. Georg lui aime toujours autant Kerstin mĂŞme si il sait qu'il va devoir ĂŞtre patient et qu'il va devoir la reconquĂ©rir. DĂ©goĂ»t, gène, incomprĂ©hension, ont pris le pas sur l'amour. Mes sentiments vis Ă  vis des personnages se sont encore plus accentuĂ©s. Georg m'a Ă©mu par sa gentillesse, sa patience et sa comprĂ©hension tandis que Kerstin m'a de plus en plus déçu. La froideur et le manque d'enthousiasme avec lesquelles elle l'accueille m'ont sidĂ©rĂ©s. J'ai ressenti beaucoup d'empathie pour Georg qui s'efforce de retrouver leur complicitĂ©, mĂŞme si il est bien conscient que tout ne sera plus vraiment comme avant. J'ai d'ailleurs Ă©tĂ© un peu déçue de la fin, car j'espĂ©rais vraiment que Kerstin aurait plus de courage, et j’espĂ©rais pour eux deux quelque chose qui n'est finalement jamais venu.

Il y a énormément de points évoqués dans ce roman outre l'histoire de ce couple brisé, comme l'homosexualité, les réseaux de renseignements clandestins, l'abus de pouvoir des hauts gradés vis à vis des soldats et par conséquent leurs rebellions, appelées les mutineries, les procès bâclés au profit des autorités et du gouvernement, le travail des femmes dans les usines qui devaient subvenir aux besoins de leur famille, le désir de vengeance des soldats, et leurs difficultés à réapprendre à vivre normalement, à accepter aussi leurs blessures qui les ont rendu parfois invalides... J'ai passé un très bon moment de lecture grâce à Marie Bennett qui pour un premier roman a très bien su recréer l'ambiance de cette époque, les pensées, les comportements et les préoccupations de ces hommes et de ces femmes pendant la guerre. C'est un récit très abordable, la plume de l'auteure est très fluide, captivante, on ne s'ennuie à aucuns moments, on est imprégné facilement par les lieux et par les émotions des personnages. J'espère donc que Marie Bennett écrira d'autres romans, car je serais évidemment au rendez-vous.

Pour conclure:
Un très bon roman sur un couple profondément amoureux mais brisé par la seconde guerre mondiale. Un couple qui va vivre et subir la guerre différemment. Si j'ai énormément apprécié Georg, j'ai en revanche détesté Kerstin qui m'est apparue égoïste et capricieuse. Un très bon récit sur le retour d'après guerre et ses conséquences, sur la redécouverte de l'autre. Même si j'ai été un peu déçue de la fin, ce roman m'a fait passer un très bon moment.
Je le conseille!

Ma note: 16/20

2 commentaires:

  1. Ce livre me tente énormément ! Merci pour cette découverte ! ;)

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  2. J'ai juste très hâte de le lire, me plonger dedans, je suis persuadé qu'il va me plaire !

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