jeudi 23 novembre 2017

Underground Railroad.
Colson Whitehead.
Editions Albin Michel.
397 pages.
En librairie depuis le 23 août 2017.

Résumé:

Cora, 16 ans, est une jeune esclave née sur une plantation de coton en Géorgie. Grâce à César, elle réussit à s'échapper. Leur première étape est la Caroline du Sud, dans une ville qui semble être le refuge idéal mais qui cache une terrible vérité. Il leur faut fuir à nouveau, d'autant plus que Ridgeway, le chasseur d'esclaves, est à leurs trousses.

Mon avis:

L’esclavage Ã©tant un de mes thème de prédilection en littérature j'avais très vite repéré ce roman parmi les parutions de la rentrée littéraire de cette année. J'avais d'ailleurs tellement envie de le découvrir que je n'ai pas attendu de le trouver d'occasion pour me le procurer et je l'ai lu pratiquement tout de suite. C'est d'ailleurs la première fois que je lis un roman ayant reçu un prix littéraire car je préfère habituellement me fier à mes goûts et à mon intuition qu'aux distinctions que les livres reçoivent. Concernant celui-ci je dois avouer que je suis d'accord avec le jury car c'est effectivement un très bon roman.

Je remercie tout d'abord Colson Whiteheade car je n'avais jamais entendu parler de l'Underground Railroad avant alors que j'ai lu énormément de romans sur l'esclavage, je ne savais donc pas qu'elle était la part de fiction et de vérité dans ce récit. En me renseignant un peu j'ai appris qu'en réalité l'Underground Railroad était un réseau de routes clandestines utilisées par les esclaves noirs américains pour se réfugier au Canada. J'ai donc trouvé cela ingénieux de la part de l'auteur d'avoir imaginé un réseau souterrain inspiré de ces fameuses routes clandestines. A mon sens l'image même de l'enfouissement de ces routes vers la liberté donne encore plus de poids au texte, et nous permet de nous rendre encore plus compte des moyens mis en oeuvre pour que les esclaves puissent échapper aux chasseurs sans pitié. 


"Le maître répétait souvent que la seule chose qui soit plus dangereuse qu'un nègre avec un fusil, leur dit-il, c'était un nègre avec un livre."

C'est dans ce contexte très dur que nous allons suivre la jeune Cora, esclave depuis sa naissance dans une grande plantation de coton en Géorgie comme l'étaient sa grand-mère et sa mère avant elle. C'est un récit extrêmement difficile à lire parfois du fait de la volonté de l'auteur de nous raconter avec exactitude, sans camoufler la réalité l'enfer que ces êtres humains vivent au quotidien, traités par les hommes blancs comme des animaux et relégués au rang de main d'oeuvre exploitée et maltraitée. Certains passages sont donc très sanglants, assez traumatisants à la limite de l'insoutenable car il ne nous épargne rien, et à mon sens il a eu tout à fait raison car comment aborder un tel sujet en voulant éveiller les consciences si on omet certaines choses ? Se serait selon moi ne pas rendre justice à tous ces pauvres gens.

C'est dans ce climat de terreur quotidienne que la jeune fille va puiser en elle le courage de s'enfuir avec un autre jeune esclave Caesar. C'est un personnage qui m'a évidemment inspiré le respect, on ne peut qu'être admiratif de son courage, de sa force alors que bon nombre d’esclaves ont perdu depuis longtemps soit l'esprit, soit l'espoir d'un monde meilleur. Je pense qu'elle tire sa force surtout dans la colère qu'elle ressent envers sa mère qui a réussi à fuir la plantation des années plus tôt en l’abandonnant, mais aussi dans son envie de la retrouver et de prouver qu'elle aussi peut s'en sortir. C'est une jeune fille qui m'a touché dans le sens où elle n'a pas encore perdu toutes étincelles, qu'elle n'a pas encore perdu tout espoir de s'en sortir, qu'elle a encore des rêves plein la tête, et c'est ce qui rend sa fuite si intense aux yeux du lecteur.

"Le seul moyen de savoir depuis combien de temps on est perdu dans les ténèbres, c’est d’en être délivré."

Chaque étape de l'aventure de Cora est dangereuse, à chaque étape la même peur celle de se faire démasquer, celle de ne pas savoir à qui se fier, celle de rencontrer les mauvaises personnes qui les rameront à la plantation. J'ai finalement été agréablement surprise de voir le nombre de personnes courageuses qui viennent en aide aux esclaves pour qu'ils puissent recouvrir la liberté, souvent au péril de leur vie d'ailleurs. Ce sont les histoires de nombreuses personnes enrôlées dans le réseau que l'on suit également pages après pages, ce qui les a poussés à rentrer eux aussi dans la clandestinité au service des autres. Certains parcours sont assez poignants et leur mort d'autant plus douloureuse. 

Cora franchit d'ailleurs de nombreux Etats du Sud au Nord qui nous permettent de voir comment étaient perçu les noirs dans les différentes parties de l'Amérique. On prend conscience alors de l’ampleur de ce fléau, l’injustice qui sévit partout, les personnes qui ferment les yeux et ceux carrément qui sont pour l’esclavage. On se rend compte qu'il y a encore un long chemin à parcourir pour que les mentalités changent, je pense notamment aux écriteaux "Interdit aux noirs" qui commencent à faire leur apparition sur les devantures des magasins, on comprend que même s'il y a des progrès réalisés dans certains Etats les croyances ont la vie dure, et qu'il va falloir de longues années pour que les noirs aient les mêmes droits que les blancs.

"Dans la mort, le Noir devenait un être humain. Alors seulement il était l’égal du blanc. "

Pour conclure:
Un récit difficile mais d'une incroyable réalité sur la condition d’esclave dans le Sud de l'Amérique au XIXème siècle, qui met en lumière une jeune fille héroïque qui n'écoute que son courage et sa soif de liberté pour tenter un périple impossible, celui de la dernière chance. A lire!

Ma note: 17/20.

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