vendredi 26 janvier 2018

La nuit passera quand mĂŞme.
Emilie Houssa.
Editions Denoël.
266 pages.
En librairie depuis le 11 janvier 2018.

Résumé:

La famille prit la direction de la mer le premier matin d’aoĂ»t. Ce fut un grand dĂ©mĂ©nagement. Chacun muni d’une valise, d’un chapeau ou d’une casquette se vit Ă©galement dotĂ© d’un attirail spĂ©cial Ă  porter : un parasol, confectionnĂ© par Martha pour Ă©viter d’en acheter un «les yeux de la tĂŞte» près de la plage, une canne Ă  pĂŞche, deux Ă©puisettes et une bouĂ©e qu’on avait dĂ©jĂ  gonflĂ©e pour ĂŞtre sĂ»r qu’elle n’Ă©tait pas percĂ©e mais qu’on n’osait plus dĂ©gonfler de peur d’endommager le système. La famille au complet sortit de l'appartement en short et en sandales. On n’avait d’ailleurs pas pris le temps de tester ces dernières et elles firent mal aux pieds avant mĂŞme d’atteindre la bouche de mĂ©tro. Tout le monde savait ce qu’il devait faire mais chacun criait Ă  l’autre de faire quelque chose. Le casse-croĂ»te fut donc scrupuleusement oubliĂ© sur la toile cirĂ©e Ă©lĂ©gante du salon.» Dans la famille Bernstein, Squatsh est le deuxième des trois enfants : avant lui il y a Ludovic, après lui Marie. Ses parents se nomment Simon et Martha. Ils tiennent une boutique, La Vie moderne, situĂ©e au 393, rue des PyrĂ©nĂ©es Ă  Paris. Outre une famille, Squatsh Bernstein a des principes, comme de s'enfermer aux toilettes pour rĂ©flĂ©chir ou de ne jamais porter d’imprimĂ© fleuri. Il fait de la boxe et aime la danse. Pour le reste, il possède peu de choses : un scarabĂ©e dans une boĂ®te en carton, des livres, une solide rĂ©putation et, quelque part, nichĂ©e dans un creux, la mĂ©lancolie des gens qui se cognent au monde.

Mon avis:

Ce roman de la rentrée littéraire de janvier m'avait interpellé par la douceur et l'humour de son résumé. De plus, je lis en ce moment beaucoup de romans aux sujets plutôt difficiles, j'avais donc envie d'une lecture plus simple, plus légère, et divertissante. Je remercie donc les Editions Denoël pour l'envoi de ce titre.

On rentre dans ce roman sans vraiment savoir à quoi s'attendre car le résumé nous en dit finalement très peu. On rentre au coeur de la famille Bernstein, une famille parisienne somme toute banale à la fin de l'année 1946 où la vie reprend doucement son court après des années et des années de guerre. C'est Squatsh qui est au centre du roman, il est le deuxième des trois enfants et c'est lui qui nous raconte sa vie, les grands évenements qui ont rythmé son enfance et son adolescence jusqu'à sa vie d'adulte. C'est un roman beaucoup plus profond que ne laisse le présager le résumé. J'ai apprécié justement qu'il nous laisse la surprise des rebondissements que nous réserve ce livre auxquels finalement on ne s'attend pas, et qui permettent de rythmer le récit parfois monotone de cette vie de famille. Il est vrai qu'après quelques chapitres j'ai eu un peur que ce récit linéaire sans véritable fil conducteur mise à part les jours et les années qui passent m'ennuie à la longue, mais Emilie Houssa arrive à maintenir notre intérêt tout au long du livre pour l'histoire de cette famille qui va traverser des épreuves bien difficiles.

Squatsh est un petit garçon au dĂ©but du roman, mais un petit garçon qui se pose dĂ©jĂ  Ă©normĂ©ment de questions sur le monde qui l'entoure, sur les grands mystères de la vie comme la mort qui frappe ses proches sans crier gare. J'ai beaucoup aimĂ© ce personnage un peu Ă  part qui a souvent besoin de s'isoler pour rĂ©flĂ©chir, pour tenter de comprendre ce qu'il voit et ce qu'il entend de la bouche des grands. On comprend vite que c'est un enfant très intelligent, très vif, très ouvert d'esprit, et qui comme tous les enfants de son âge croque la vie Ă  pleines dents. C'est avec beaucoup d'Ă©motions qu'on le voit apprendre et dĂ©couvrir les choses de la vie, vivre avec parfois beaucoup d’insouciance les joies de l'enfance comme les peurs des premières fois. J'ai Ă©tĂ© Ă©mue par certains passages comme l'arrivĂ©e de sa petite sĹ“ur qui va rĂ©veiller chez lui un instinct protecteur,  de son Ă©merveillement pour l’ocĂ©an qu'il voit pour la première fois et de son dĂ©sespoir Ă  ne pas savoir nager. On se retrouve un peu dans cette naĂŻvetĂ© enfantine, dans ses souvenirs, ses apprentissages, ses questions, ses colères et ses erreurs Ă©galement qui ne peuvent que nous toucher.

Je m'attendais Ă  un roman plutĂ´t lĂ©ger et drĂ´le, en rĂ©alitĂ© il ne l'est pas vraiment. Emilie Houssa nous livre un premier roman Ă©mouvant qui nous raconte avec beaucoup de sensibilitĂ© les tentatives dĂ©sespĂ©rĂ©es d'un petit garçon et de sa famille pour garder tant bien que mal la tĂŞte hors de l'eau, pour surmonter les Ă©preuves qui leur tombent dessus au rythme des mouvements sociaux du XXème siècle. C'est aussi l'histoire d'un petit garçon qui devient peu Ă  peu un homme et qui se cherche, qui se rend compte qu'il n'est pas comme les autres, et qu'Ă  force de porter les siens Ă  bout de bras il est en train de passer Ă  cĂ´tĂ© de sa propre vie. C'est un rĂ©cit de vie qui aborde Ă©normĂ©ment de thèmes diffĂ©rents comme la guerre, le deuil, l'homosexualitĂ©, les attentats, les manifestations de mai 68, la dĂ©pression... qui moi a su me toucher par la profondeur des rĂ©flexions sur notre existence qu'il amène, et par la duretĂ© parfois des Ă©vĂ©nements Ă©voquĂ©s dans lesquels chacun peut se retrouver. Il y a malgrĂ© tout un point qui m'a dĂ©rangĂ© et que je n'ai pas vraiment compris c'est l'allusion au film Victor Victoria et son mĂ©tier de garde du corps abordĂ© dans le premier et le dernier chapitre. Je n'ai pas compris du tout oĂą l'auteure voulait en venir et c'est un peu dommage car j'ai terminĂ© le roman dans l'incomprĂ©hension et donc sur une pensĂ©e nĂ©gative.  Je suis cependant ravie d'avoir pu dĂ©couvrir cette auteure prometteuse dont le roman laisse prĂ©sager de bonnes choses pour la suite.

Pour conclure:
Un roman assez linĂ©aire qui nous raconte Ă  travers les yeux du petit Squatsh la vie des Bernstein, une famille parisienne qui malheureusement va devoir faire face Ă  de nombreuses Ă©preuves. Un rĂ©cit assez nostalgique qui peut paraĂ®tre monotone, ennuyant par moment, et dont je n'ai pas compris certaines allusions, mais qui est cependant Ă©mouvant grâce notamment Ă  ce petit garçon qui porte un regard très mature sur ce qui l'entoure. Un joli rĂ©cit sur la recherche de soi, sur la perception de la vie et de la famille, mais aussi sur la capacitĂ© de l’ĂŞtre humain Ă  supporter les drames que la vie nous rĂ©serve. 

Ma note: 14/20.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire