lundi 8 février 2016

L'ortie.
Arielle Caisne.
Editions France Loisirs.
171 pages.

Résumé:

Roman autobiographique d'une jeune femme qui fut violée à l'âge de six ans par un jeune voisin de dix ans son aîné, L'Ortie raconte la détresse, le traumatisme indélébile d'une enfant qui vit un drame, sans qu'aucun des adultes, là, tout près, lui inspire la confiance qu'il faudrait pour dire, pour arrêter le cauchemar.

Mon avis:

Je n'avais jamais lu de romans autobiographiques sur ce sujet, qui m'intĂ©resse pourtant beaucoup, car j'avais un peu peur de tomber dans le voyeurisme. Pourtant, dès le prologue, on nous explique que l'auteure a Ă©crit ce rĂ©cit dans le but qu'il soit lu, pour se libĂ©rer de la douleur qu'elle ressent depuis longtemps, mais aussi pour aider peut-ĂŞtre d'autres personnes, qui comme elle, ont subi cela. Dès les premières pages, l'auteure, de son pseudonyme Arielle Caisne, nous prĂ©vient d'emblĂ©e que ce livre est destinĂ© aux adultes, car ses mots seront durs, parfois crus et qu'ils peuvent donc choquer les plus jeunes. Mais ce ton froid, et l'emploi de certains mots forts sont nĂ©cessaires je pense, pour nous montrer et nous faire prendre conscience rĂ©ellement de ce qu'elle a subi Ă  partir de l'âge de six ans, au quotidien et pendant des annĂ©es.

Arielle Caisne, fille unique, a grandi seule. Elle est souvent dĂ©laissĂ©e par ses parents et surtout par sa mère, souvent absente du foyer familial, qui Ă©tait une femme froide et qui manquait cruellement d'amour maternel. Elle n'Ă©tait pas non plus proche de son père, un homme qu'elle dĂ©crit comme lâche et qui prĂ©fĂ©rait passer son temps secrètement chez la voisine. Elle se lie alors d'amitiĂ© avec son jeune voisin de 16 ans. C'est avec toute l'innocence et la naĂŻvetĂ© d'une enfant qu'elle fait confiance Ă  ce jeune homme, qu'elle considère comme le frère qu'elle n'a jamais eu, et qui malheureusement va devenir son bourreau. "L'hideu"comme elle l'appelle, ce monstre inhumain qui n'a donc pas le droit d'avoir un nom, va lui faire subir les pires horreurs, lui faire mal, aussi bien physiquement que mentalement, et cela pendant de nombreuses annĂ©es.

Après avoir vĂ©cu ce traumatisme, la vie ne sera plus jamais la mĂŞme pour Arielle qui se sent sale, honteuse et dĂ©semparĂ©e. Dans le roman, le fait qu'elle se compare Ă  une ortie, une plante dĂ©sagrĂ©able, gĂŞnante, qui pousse seule, montre l'image nĂ©faste qu'elle a d'elle mĂŞme et toute la tristesse qu'elle ressent. Comment se construire, grandir, quand on a Ă©tĂ© privĂ© d'enfance? ApeurĂ©e, elle n'a jamais osĂ© parler, avouer toute la vĂ©ritĂ© Ă  un adulte. Ces grandes personnes qui la laissaient souvent seule et ne voyaient rien. On sent qu'elle ressent beaucoup de rancĹ“ur vis Ă  vis d'eux, mais surtout vis Ă  vis de sa mère, qu'elle appelle "l'Adulte", qui n'a pas su la protĂ©ger et qui l'a abandonnĂ©. C'est un roman poignant sur l'enfance dĂ©truite d'une petite fille qui a connu l'horreur et qui n'a trouvĂ© personne Ă  qui se confier.

Pourtant, malgrĂ© la dĂ©tresse dans laquelle elle reste plongĂ©e durant des annĂ©es, plus-tard elle fonde une famille. Elle exprime aujourd'hui son envie d'aimer et d'offrir une enfance heureuse Ă  ses enfants, selon toute vraisemblance elle a manquĂ©. Mais comment continuer Ă  vivre normalement? Comment accorder de nouveau sa confiance Ă  quelqu'un, un homme qui plus est? Comment ĂŞtre heureuse et sourire Ă  nouveau, quand on a ce mal-ĂŞtre ancrĂ© en soi?
Ainsi, elle avoue avoir du mal à montrer ce qu'elle ressent et à gérer ses émotions au quotidien, le simple fait de jouer avec ses enfants n'est pas évident . Bien qu'aujourd'hui son malaise est toujours présent, on ressent surtout un soulagement de sa part de pouvoir enfin se libérer du poids qui lui pèse sur le cœur, de ces années de torture et de soumission qu'elle a enduré dans le silence. Elle nous confie également qu'elle s'en veut de ne pas avoir réagi, de ne pas avoir eu le courage de crier ou d'avouer. Mais qu'aurait pu faire une enfant face à un adolescent qui la menaçait de la tuer si elle parlait?

Le rĂ©cit d'Arielle Caisne m'a profondĂ©ment touchĂ©. J'ai eu la gorge serrĂ©e tout au long de ma lecture, car elle nous raconte avec beaucoup de pudeur mais en mĂŞme temps sans dĂ©tours, les mots crus qu'il lui disait, et les actes malsains dont elle a fait l'objet. J'ai trouvĂ© la plume de l'auteur très belle, très poĂ©tique, malgrĂ© la douleur qui ressortait de ce texte, comme une complainte, une litanie. D'ailleurs, la mise en page est très particulière, parfois comme des vers, certaines pages ne comportaient que deux ou trois phrases, notamment les passages oĂą elle nous raconte ce que lui fait subir son voisin.

Pour conclure:
Un récit touchant et dur, sur la cruauté que peut parfois détenir l'être humain. Les confessions d'une femme victime dès son plus jeune âge de violences insoutenables, qui tente encore aujourd'hui de se reconstruire à travers l'amour qu'elle porte à sa famille. Je vous le conseille si vous vous demandez comme moi comment s'en sortent psychologiquement les victimes de viol et, où ils puisent la force pour sortir d'une telle épreuve.

Ma note: 14/20.

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