vendredi 5 février 2016

Petite.
Geneviève Brisac.
Editions Points.
121 pages.

Résumé:

Ne plus manger, pour ne plus grandir. Voilà ce que décide Nouk l'année de ses treize ans. La faim la fait souffrir, mais quel plaisir de se sentir la plus forte, de tromper la vigilance familiale, de mentir jusqu'au vertige... Internée en hôpital psychiatrique, guérie en apparence, Nouk demeure indomptable. Comment venir à bout de cette obstination désastreuse?

Mon avis:

J'ai choisi ce livre parmi une sélection de romans offerts lors d'une opération de promotion en juin dernier, car n'ayant jamais lu de romans traitant de l'anorexie, ce sujet m'intéressait. C'est une maladie mentale dont souffrent énormément de personnes, mais qui est encore mal-connue, et dont on ne parle pas assez, à mon sens. C'est pourquoi, j'ai voulu essayer d'en savoir un peu plus et surtout tenter de comprendre cette dangereuse obsession de la minceur.

Genevièvre Brisac, surnommĂ©e Nouk, a choisi de nous raconter l'enfer dans lequel elle est tombĂ©e Ă  l'adolescence. Pour diverses raisons, Ă  treize ans elle sombre dans l'anorexie. Nous ne comprenons d'ailleurs pas bien pourquoi son poids est devenu soudainement une obsession. L'auteure, comme beaucoup de jeunes Ă  cet âge, Ă©voque la très mauvaise image qu'elle a de son corps, son manque de confiance en elle, sa peur de mourir noyĂ©e Ă  cause de son poids (tout Ă  fait normal pourtant pour une jeune fille de cet âge), son admiration pour des hĂ©ros de romans qui Ă©taient dĂ©cris comme minces, son sentiment d'infĂ©rioritĂ© vis Ă  vis des autres, le manque d'affection de ses parents dont elle souffrait... Toutes ces petites choses la plongent petit Ă  petit dans une profonde dĂ©pression. "Je pĂ©dale fort, je monte des cĂ´tes très longues, je ne regarde rien, je cherche Ă  faire sortir quelque chose de mon corps, la graisse, la chair en trop, et autre chose de lourd, d’asphyxiant'' (p.26). Elle se met ainsi Ă  rechercher la perfection pour tenter de  ressembler le plus possible Ă  l'idĂ©al qu'elle s'est imaginĂ©e : ''Je suis au tableau, je rĂ©cite. Je sais les textes grisĂ©s du livre d'histoire par cĹ“ur, je me remplis de choses apprises par cĹ“ur. Cela fait partie de la perfection'' (p.28).

J'ai trouvé que les explications données par l'auteure n'étaient pas forcément très claires et que cela partait un peu dans tous le sens, car parfois certaines anecdotes ou souvenirs d'enfance n'avaient pas de rapport avec le thème abordé et n'étaient pas utiles selon moi au récit. Elle nous raconte beaucoup ce qui l'a "marqué" petite et qui aurait contribué certainement à cette folie, mais nous ne connaissons pas finalement réellement l'élément déclencheur. Nous restons sur des suppositions. Peut-être parce que l'auteure ne sait pas vraiment non plus ce qui l'a poussé à ne plus vouloir se nourrir?

Elle avoue Ă©galement la honte qu'elle Ă©prouvait Ă  ne pas pouvoir manger, l'incomprĂ©hension de ses parents, les crises de larmes Ă  table, les rapports de force quand ils voulaient l'obliger Ă  manger en croyant l'aider. Indubitablement en dĂ©coule l'envie de se faire vomir, après avoir avalĂ© le moindre aliment, pour "nettoyer son corps"comme elle l'explique. C'est ainsi qu'elle bascule Ă©galement dans la boulimie. Elle tombe dans un engrenage sans fin. D'un cĂ´tĂ© elle est obligĂ©e de manger pour survivre et pour satisfaire les mĂ©decins que ses parents l'obligent Ă  consulter, mais de l'autre, elle n'arrive pas Ă  s'empĂŞcher de vouloir maigrir, et le dĂ©goĂ»t de son corps est toujours bien lĂ . Nouk se replie sur elle mĂŞme, se sent de plus en plus incomprise par ses parents qui lui rĂ©pètent s'en arrĂŞt qu'elle les déçoit. Ce sentiment de rejet s'aggrave quand ils dĂ©cident de l'enfermer dans un hĂ´pital psychiatrique, dans lequel elle a l’impression d’ĂŞtre punie.
Le plus étonnant dans tout ça, c'est que les personnes souffrant de cette maladie ne se voient pas physiquement, comme nous nous les voyons. Ils ne réalisent pas qu'ils sont maigres et qu'ils peuvent mourir. Et c'est cela qui est le plus déroutant. Même squelettiques, elles se trouvent encore trop grosses.

Finalement, ce n'est pas le corps médical qui la sauve, mais autre chose que je vous laisse le soin de découvrir si vous lisez ce livre. Je n'ai d'ailleurs pas tellement compris non plus ce qui a fait qu'elle s'en est finalement sortie, alors qu'elle ne pesait que 29.9 kilos à la fin, et alors que son envie de maigrir était toujours bien présente à sa sortie de l'hôpital. Qu'est-ce qui lui a permis de gagner ce combat, alors que les médecins et les infirmières avaient échoués?

La plume de Geneviève Brisac est assez dĂ©concertante. Elle sonne plus comme une rĂ©flexion philosophique, mais avec parfois des mots très familiers. De mĂŞme, le changement de pronoms personnels sujets dans la narration, passant soudainement du "je" au "elle" est dĂ©stabilisant. Comme si, peut-ĂŞtre, petit Ă  petit en maigrissant, elle n’Ă©tait plus vraiment elle mĂŞme.

Pour conclure:
Un roman difficile sur une maladie surtout féminine encore très taboue, et qui est aggravée malheureusement par le culte de la beauté et de la minceur prôné par les sociétés d'aujourd'hui. Une obsession encore malheureusement incomprise par les professionnels de la santé. Bien souvent les victimes tombent également dans la boulimie et le combat est très long avant de pouvoir s'en sortir. Beaucoup de personnes en meurent et les survivants, je pense, ne sont jamais guéris totalement. Même si l'histoire de cette femme m'a touché, j'ai moins apprécié sa façon de nous la raconter, de rester trop souvent dans le flou et le changement de pronom dans la narration m'a perturbé. Peut-être aurait-il fallut quelques pages de plus pour réellement saisir toute la complexité de ce terrible trouble psychique.

Ma note: 13/20.

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