jeudi 17 novembre 2016

Nos années sauvages.
Karen Joy Fowler.
Editions Presses de la cité.
364 pages.

Résumé:

Il Ă©tait une fois deux soeurs, un frère et leurs parents qui vivaient heureux tous ensemble. Rosemary Ă©tait une petite fille très bavarde, si bavarde que ses parents lui disaient de commencer au milieu lorsqu'elle racontait une histoire. Puis sa soeur disparut. Et son frère partit. Alors, elle cessa de parler… jusqu'Ă  aujourd'hui. C'est l'histoire de cette famille hors normes que Rosemary va vous conter, et en particulier celle de Fern, sa soeur pas tout Ă  fait comme nous…

Mon avis:

Je n'avais jamais entendu parler de ce livre avant sa sortie en France aux Editions Presses de la cité, mais sa couverture et son résumé assez insolites m'ont tout de suite intrigués. L'excellent avis de Fiona du blog Pretty Books a ensuite fini de me convaincre.

C'est un roman qui de prime abord il est vrai est assez particulier. Il nous Ă©tonne, nous dĂ©route, nous dĂ©concerte. J'ai eu beaucoup de difficultĂ©s au dĂ©but Ă  rentrer dans l'histoire de Rosemary, notamment parce qu'elle la raconte de façon assez dĂ©cousue. Elle le dit très bien elle-mĂŞme, elle commencera son rĂ©cit au milieu, pour revenir au fil des pages au dĂ©but puis Ă  la fin, si bien qu'Ă  la lecture tout nous semble confu. L'auteure passe d'un sujet Ă  un autre sans vĂ©ritable lien, elle s'Ă©parpille, on ne comprend pas bien oĂą elle veut vĂ©ritablement en venir, mais je voulais vraiment continuer, m'accrocher, car les critiques sur la beautĂ© de ce livre Ă©taient pratiquement toutes unanimes.

Et comme j'ai bien fait. Au bout d'une centaine de pages, une rĂ©vĂ©lation nous est faite, annoncĂ©e de façon brutale et franche, une rĂ©vĂ©lation Ă  laquelle pour ma part je ne m'attendais pas et qui fait toute la diffĂ©rence. A partir de lĂ  on comprend petit Ă  petit le sujet fort dont va traiter le livre. On est peu Ă  peu attendri par l'enfance originale qu'a eu Rosemary, Ă©mu par la complicitĂ© Ă©vidente qu'elle entretenait avec cette sĹ“ur particulière avec laquelle elle a grandit et par le sentiment d'abandon, de culpabilitĂ© qu'elle ressent Ă  la disparition de celle-ci, puis rĂ©voltĂ© par ce qui est suggĂ©rĂ©, Ă  demi dĂ©voilĂ© sur le sort de cette dernière. Cette petite fille intelligente et vive, Ă  l'enfance diffĂ©rente des autres, aussi belle que douloureuse, et qui depuis est habitĂ©e par un sentiment de vide intense et d'incomprĂ©hension m'a Ă©normĂ©ment touchĂ©e.  

C'est un roman assez dense dans son contenu car il Ă©voque Ă©normĂ©ment de sujets sociales, de thèses scientifiques, de questions psychologiques, qui amènent le lecteur Ă  rĂ©flĂ©chir sur le dĂ©veloppement de l’ĂŞtre humain, sur ce qui fait ce que nous seront une fois adulte, sur la rivalitĂ© fraternelle, sur l'humanitĂ© en gĂ©nĂ©rale dans ce qu'elle a de meilleur et de plus mauvais, sur la place de la science et son utilitĂ©... Chaque mots, chaque phrases de ce roman ont du sens, nous bouleversent, nous atteignent, nous font prendre conscience de certaines rĂ©alitĂ©s. Il est vrai qu'il est dĂ©concertant, dĂ©stabilisant, mĂŞme bizarre et curieux, mais tellement inĂ©dit, unique, vrai, sincère, profond et pertinent, qu'il mĂ©rite Ă  mon sens d'ĂŞtre lu par tous.

"Le monde tourne grâce à cette souffrance sans fin et sans fond. Les gens savent, mais tant qu'ils ne voient rien, cela ne les gêne pas. Si on les oblige à regarder, alors ils sont révoltés et ils te détestent parce que tu les as forcés à voir."

Pour conclure:
A tous ceux qui hĂ©sitent Ă  le lire, n'hĂ©sitez plus. A tous ceux qui hĂ©sitent Ă  le continuer, n'abandonnez pas. On ouvre ce livre comme on ouvre une page sur le monde, sur l'humanitĂ©, si belle mais parfois aussi si cruelle. Un roman surprenant, parfois difficile, mais Ă  la fin duquel on ne ressort pas indemne. A lire absolument. 

Ma note: 18/20.

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