mardi 29 novembre 2016

Terminus Elicius.
Karine Giebel.
Editions Belfond.
291 pages.

Résumé:

Istres-Marseille. Pour Jeanne, la vie est ponctuĂ©e par cet aller-retour ferroviaire quotidien entre son travail de gratte-papier au commissariat et la maison de sa mĂšre. Elle attend nĂ©anmoins qu'un Ă©vĂ©nement vienne secouer le fil de son existence: un regard, enfin, du capitaine Esposito? La rĂ©solution, peut-ĂȘtre, de cette ffaire de serial killer qui dĂ©fraie la chronique phocĂ©enne? "Vous ĂȘtes si belle, Jeanne Si touchante et si belle." Ce soir-lĂ , une lettre, glissĂ©e entre deux banquettes, semble combler toutes ses espĂ©rances. Un peu trop, mĂȘme. Car derriĂšre le mystĂ©rieux soupirant se cache le meurtrier tant recherchĂ© par la police. Commence alors une correspondance amoureuse qui, pour Jeanne, n'aura de terminus qu'au bout de l'enfer...

Mon avis:

Terminus Elicius est le second roman de Karine Giebel que je lis puisque j'avais dĂ©jĂ  pu dĂ©couvrir l'auteure avec De force son dernier livre paru Ă©galement aux Editions Belfond dĂ©but 2016 et pour lequel j'avais eu un vrai coup de cƓur. Je les remercie donc encore une fois pour l'envoi de celui-ci.

Je savais que Terminus Elicius Ă©tait le tout premier roman de l'auteure, je ne m'attendais donc pas Ă  ce qu'il soit forcement aussi bien construit et aussi aboutit que De force, car souvent la plume d'un auteur Ă©volue et surtout s'amĂ©liore par rapport Ă  leur tout premier Ă©crit. Et bien pour tout vous dire j'ai Ă©tĂ© agrĂ©ablement surprise de constater avec quelle facilitĂ© j'ai Ă©tĂ©  happĂ©e par cette histoire. A travers ce tout premier roman on aperçoit dĂ©jĂ  l'oeuvre d'un Ă©crivain de talent, une auteure de thrillers unique et incomparable, qui mĂšne avec brio et subtilitĂ© ses intrigues, qui vous font douter jusqu'Ă  la derniĂšre page. Que dire de ce scĂ©nario si ce n'est qu'il est complĂštement fou. Ce qui arrive Ă  Jeanne parait invraisemblable, mais au final est-ce si impensable que cela? Elle qui tous les jours a le mĂȘme rituel, se lĂšve et prend les transports en commun Ă  la mĂȘme heure, s'assoit toujours Ă  la mĂȘme place. Jeanne est une jeune femme solitaire, et prĂ©visible, une proie facile finalement pour tous criminels qui se respectent. 

Outre une intrigue prenante, le personnage de Jeanne est fascinant. Le lecteur la perçoit surtout au dĂ©but du roman comme une vieille fille de 28 ans, qui vit encore chez sa mĂšre, qui a ratĂ© sa vocation, qui n'a pas de petit ami mais qui est amoureuse de son patron, qui ne vit qu'Ă  travers ses rĂȘves et ses fantasmes, qui manque cruellement de confiance en elle, qui est timide et discrĂšte, comme transparente aux yeux du monde, qui mĂšne une vie sage et bien rangĂ©e, qui fait toujours les mĂȘmes choses, a toujours les mĂȘmes habitudes, et qui souffre de tocs. Et puis, au fur et Ă  mesure on comprend que c'est un personnage bien plus complexe que cela, car elle a un comportement de plus en plus Ă©trange, elle est toujours sur le qui vive, a toujours peur de tout et des autres surtout. On sent qu'il s'est passĂ© un Ă©vĂ©nement tragique dans la vie de cette femme qui l'a dĂ©truite, et Ă  cause duquel elle est un peu dĂ©rangĂ©e depuis.

Karine Giebel a vraiment le don de crĂ©er des personnages d'une force psychologique incroyable, des ĂȘtres sombres, Ă©corchĂ©s, sur le point de craquer Ă  tout moment, qui nous font peur, mais qui en mĂȘme temps nous fascinent. J'ai adorĂ© la complexitĂ© du caractĂšre de Jeanne qui est Ă  la fois imprĂ©visible mais tout Ă  fait comprĂ©hensible. Tout au long du roman elle va ĂȘtre partagĂ©e entre le dĂ©sir qu'elle Ă©prouve pour cet homme qui s'intĂ©resse Ă  elle, l'empathie, car malgrĂ© les horreurs qu'il commet elle ne peut s'empĂȘcher d'essayer de comprendre ses actes abominables, mais aussi la culpabilitĂ© face aux sentiments naissants qu'elle ressent peu Ă  peu pour ce meurtrier.

Avec Terminus Elicius l'auteure rentre vraiment dans la tĂȘte d'un assassin, elle cerne vraiment Ă  mon sens la psychologie d'un tueur en sĂ©rie, et arrive mĂȘme Ă  le faire passer pour la victime finalement. On est vraiment ici dans une ambiance de tension croissante, d'angoisse perpĂ©tuelle. On soupçonne Ă  la fois tout le monde et personne, parce qu'il est impossible de savoir rĂ©ellement qui est ce fameux Elicius, comme il est impossible de comprendre rĂ©ellement la personnalitĂ© de Jeanne, car tout est flou, l'auteure nous fait douter jusqu'au bout. Comment va t-elle gĂ©rer cette correspondance macabre? Que va t-elle faire? Le dĂ©noncer? Rentrer dans son jeu? Et lui, qui est-il? Quelles sont ses intentions? Autant de questions qui nous tenaillent tout au long du roman et qui nous poussent Ă  connaitre le fin mot de l’histoire.

Pour conclure:
Un premier roman menĂ© avec brio qui nous prouve qu'Ă  l'Ă©poque de sa sortie, Karine Giebel Ă©tait dĂ©jĂ  destinĂ©e Ă  ĂȘtre une auteure de thrillers Ă  succĂšs. Des personnages insaisissables, complexes et torturĂ©s, un rythme lent, mais une ambiance sombre, oppressante et sans cesse grandissante. A lire.


 Aurore.
Karine Giebel.
Editions Belfond.
40 pages.

Résumé:

Dimanche 8 mai, 22h30.
Devant moi, une feuille blanche. Un cahier entier de feuilles blanches. Comme autant de possibilitĂ©s. Autant de mains auxquelles me raccrocher pour Ă©viter la chute, peut-ĂȘtre. Ce soir, j'ai dĂ©cidĂ© d'Ă©crire tout ce que j'avais Ă  dire. Tout ce que mon cƓur, Ă©norme mais si fragile, ne peut plus contenir. Ce soir, m'ouvrir les veines et noircir ces pages avec mon sang.
Aurore est sur le point de fĂȘter ses 18 ans. A un Ăąge oĂč on a la vie devant soit et tout pour ĂȘtre heureux, Aurore elle voit la vie en noir. 


Mon avis:

Je ne suis pas du tout en temps normal adepte des nouvelles. A peine le temps de s'imprégner de l'histoire que l'on tourne déjà la derniÚre page.J'ai trÚs souvent une impression d'inachevée, je reste sur ma fin, et je suis donc toujours déçue.

Hors, celle-ci m'a chamboulĂ©. L'intrigue est comme prĂ©cĂ©demment trĂšs sombre, trĂšs triste aussi, les personnages sont plein de colĂšre, de dĂ©sespoir, elle m'a fait l'effet d'un coup de poing. En Ă  peine quarante pages, Karine Giebel nous dĂ©montre Ă  quel point l'humain peut ĂȘtre mĂ©chant, notamment Ă  l'adolescence, oĂč tout est prĂ©texte aux moqueries de l'autre. C'est ce que vont subir de deux maniĂšres diffĂ©rentes Aurore et son jeune frĂšre Alban dans leur lycĂ©e.

J'ai Ă©tĂ© profondĂ©ment touchĂ©e par la dĂ©tresse de ces deux adolescents qui n'ont commis qu'une faute celle d'ĂȘtre trop naĂŻf ou diffĂ©rent. J'ai terminĂ© cette nouvelle les larmes aux yeux car elle se termine de la pire des maniĂšre, mais aussi d'une certaine façon en colĂšre contre ces deux jeunes qui n'ont pas eu la force nĂ©cessaire de surmonter leur douleur, de voir plus loin que la bĂȘtise de certaines personnes, alors que la vie peut ĂȘtre si belle par la suite. 

C'est un rĂ©cit fort qui me marquera je pense un bon moment, car malheureusement dans le monde tel que nous le connaissons l’histoire d'Aurore et de son frĂšre arrive encore trop souvent Ă  de jeunes adolescents. Elle nous rappelle Ă  tous de façon alarmante combien il est important de parler, d'avouer son mal ĂȘtre, avant de sombrer complĂštement.

Pour conclure:
Encore une fois un rĂ©cit bouleversant, choquant et dĂ©sarmant sur le mĂȘme thĂšme que Terminus Elicius, celui du dĂ©sespoir et de la vengeance. Karine Giebel est dĂ©cidĂ©ment une des meilleurs auteure de thrillers que j'ai lu jusqu'Ă  prĂ©sent. Je conseille!

Ma note: 20/20. Un coup de coeur!

Retrouvez ce livre sur le site des Editions Belfond :

http://www.belfond.fr/livre/litterature-contemporaine/terminus-elicius-karine-giebel

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